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Une foule toujours renouvelée assiégeait au Salon de
l'aéronautique un petit stand où se lisait de loin : "Moteur à trois
temps, Korwin et Rebikoff", et chacun d'être intrigué, car, si nous
connaissons les moteurs à deux temps et à quatre temps, jamais nous
n'avions entendu parler du moteur à trois temps !
D'un autre côté, le chevalier de Korwin, ancien aide de camp de
l'archiduc Salvator, est bien connu à Paris, et l'ingénieur qu'il
commandite, W.Rebikoff, ancien président de la société des Electriciens
russes, s'est déjà fait remarquer dans la construction des hélicoptères.
Ce sont là de sérieuses garanties Et de fait, en s'approchant, on
restait émerveillé de la simplicité de la solution et de l'originalité
des liaisons cinématiques.
Le moteur à deux temps serait, de tous les moteurs à explosion, le plus
léger, puisqu'il travaille à chaque tour; mais malheureusement les
gaz frais sont dans ce système continuellement mélangés aux gaz brûlés.
C'est pour éviter ce désagrément que Beau de Rochas a imaginé le cycle à
quatre temps.
Rebikoff, lui, nous présente un moteur dont le piston travaille à chaque
tour comme dans un moteur à deux temps; mais, pour éviter le mélange
fâcheux des gaz frais et des gaz brûlés, il les sépare par une cloison
que nous appellerions volontiers un diaphragme. C'est ce
diaphragme qui dessine les trois temps qui ont donné leur nom au moteur.
Considérons la figure 1, qui présente les choses au moment où
l'étincelle va faire exploser le mélange.
Le piston Q et la bielle M vont descendre. Dans ce mouvement,
l'extrémité d'un coude n de la bielle va décrire une courbe de
degré supérieur dessinée en αβ, et qui ressemble assez à une ellipse.
Rebikoff l'assimile entre α et β à l'un de ses cercles
oscultateurs, en cherche le centre, le trouve en
γα et construit une biellette
P = γα. Il en résulte que, pendant
tout le temps que la manivelle N parcourra les 120 premiers degrés de la
circonférence, c'est à dire pendant tout le premier temps qui correspond
au travail, la biellette P tournera autour du point
γ et le levier coudé G restera immobile
sans tourner autour du pivot O. Par conséquent la bielle C de la
cloison-diaphragme R que le levier coudé G commande, restera immobile
aussi avec sa cloison (fig.2). Ce dernier va pivoter autour de O dans le
sens des aiguilles d'une montre, entraînera la bielle G, et la
cloison-diaphragme va descendre.
En descendant (fig.3), elle crée un vide au-dessus d'elle; la
soupape d'admission s'ouvre, et le gaz frais s'accumule au-dessus de la
cloison, qui forme un véritable diaphragme séparant les bons des mauvais
gaz.
Quand la manivelle aura parcouru 240°, c'est-à-dire à la fin du 2ème
temps (fig.4), le piston et la cloison seront venus e contact, tous les
gaz brûlés auront été expulsés, et la cylindrée nouvelle sera prête
au-dessus du diaphragme.
La manivelle continuant à tourner, (fig.5), le piston continue à
remonter et, par le jeu de la biellette et du levier coudé G, le
diaphragme remonte aussi. Dans ce mouvement, les gaz se compriment,
ferment la soupape d'admission G, et ouvrent la soupape du diaphragme
α en le traversant.
Quand la manivelle aura fait un tour entier, elle se retrouvera dans la
position de la figure 1. Tous les gaz auront traversé le diaphragme,
seront comprimés, et le moteur sera prêt pour exécuter un nouveau cycle.
On voit aussi que, tandis que le piston fait une double course (deux
temps), la cloison marque trois temps égaux, savoir : une course
ascendante; une course descendante et un repos. Ce qui justifie
l'appellation du moteur.
(Figure 1)
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(Figure 2)
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(Figure 3)
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(Figure 4)
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(Figure 5)
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Par un artifice ingénieux, Rebikoff profite du mouvement de
la cloison pour faire varier la puissance en diminuant la cylindrée.
Au lieu d'avoir un levier coudé G dont les deux bras forment un angle
invariable comme nous l'avons représenté jusqu'ici, Rebikoff installe le
petit réglage suivant pour modifier cet angle :
Les deux bras du levier primitif coudé G sont maintenant mobiles chacun
autour du point O (fig.6), ou G1 G2. Ils sont
reliés par une troisième tige G3 qui peut coulisser sur G2
au moyen d'une douille et par conséquent modifier l'angle qu'ils
embrassent.
Quand on veut retomber dans le cas précédent, et marcher à pleine
puissance, en tirant E' maintient la douille à une distance constante du
point O.
En effet, par suite de l'indéformabilité du triangle G1 G2
E', l'angle embrassé par G1 et G2 reste
constant, et la bielle G de la cloison parcourt le même espace que
précédemment quand G1 oscille du point
γ correspondant au haut de la course
de la cloison au point õ correspondant au bas de la course de la
cloison.
Supposons la cloison au point le plus bas : il faut se garder de
modifier ce point, parce qu'autrement tous les gaz brûlés ne seraient
pas expulsés. Imaginons (fig.7), un levier de réglage E tournant autoour
d'un point fixe O' se confondant avec le centre de la douille lorsque le
bras G1 tombe en õ, qui correspond au point le plus bas
occupé par la cloison. Imaginons que ce levier de réglage E puisse
entraîner le tirant E'. Fixons E dans une nouvelle position (fig.8).
Tant que l'extrémité de G1 reste en õ, il n'y a rien de
changé, puisque la douille ne bouge pas. Mais, lorsque l'extrémité de G1
vient en γ, correspondant au point
le plus haut de la cloison, on voit (fig.9) que la douille se déplace
sur G2 en faisant diminuer l'angle embrassé par G1
et G2.
Il en résulte que la bielle et la cloison qu'elle commande montent moins
haut dans le cylindre; tout le gaz frais (fig.5) introduit dans le
cylindre ne traverse pas le diaphragme, et l'explosion n'attaquera
qu'une cylindrée réduite.
C'est ainsi que le moteur Korwin et Rebikoff est un moteur à
puissance variable.
Comme détail, on peut encore faire remarquer que la cloison n'a pas
besoin de segment; il y a même là un peu de jeu, parce que la vitesse
des gaz enflammés est si grande que les cannelures ménagées tout autour
de cette cloison suffiront pour assurer l'étanchéité.
Pendant l'admission, la vitesse de la cloison étant une fois et demie
plus grande que celle du piston, les gaz brûlés sone rapidement éjectés
sans pouvoir traverser la cloison.
Enfin, pendant l'explosion, la cloison reposant sur le fond du cylindre
ne supporte aucune charge et n'en fait pas supporter aux leviers qui la
commandent; s'il reste quelque pression transmise par les leviers, il se
produit une composante qui corrige celle que provoque sur le
piston l'obliquité de la bielle.
En résumé, et au point de vue du Salon de l'aéronautique, ce principe
nouveau permettra de construire avec des 3 cylindres seulement des
moteurs équilibrés qui seront beaucoup plus légers que les moteurs du
cycle ordinaire.
Et nous souhaitons bonne chance au moteur Korwin et Rebikoff, qui,
répétons-le, n'est pas un projet sur le papier, mais est déjà construit
et a satisfait aux essais vérifiant la théorie.
(Figure 6)
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(Figure 7)
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(Figure 8)
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(Figure 8)
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Capitaine Ferber, pour "Omnia,
Revue Pratique de Locomotion", n°158.
Le moteur à 3
temps de Korwin
et Rebikoff

A, carburateur - B, tube guide servant aussi à l'admission - C,
bielle de commande de la cloison mobile - D, bougie - E, levier de
la commande variable - G, bielle commandant le levier E - g,
manivelle tournante solidaire d'un pignon satellite à la couronne
dentée X - H, h, manivelle et flexible commandant la variation - I,
plateau supportant la manivelle g - K, pot d'échappement. |
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