Je vous livre ici le texte concernant Jacques de Vaucanson, qui m'a été aimablement transmis par Didier MAHISTRE, auteur de "100 ans de la moto en Isère", et qui m'a autorisé à le publier, considérant que ce texte fait partie de notre patrimoine industriel et intellectuel.

N'ayant pas voulu en faire une interprétation abusive et erronée, il figure ci-dessous dans son intégralité.

Ce texte est protégé par des droits d'auteurs au regard des recherches qu'il a nécessité et des révélations qui s'y trouvent et ne sauraient être utilisées, en totalité ou en partie sans autorisation préalable de son auteur : Didier MAHISTRE.

 

Jacques de Vaucanson

1709-1782

 

Jacques de Vaucanson (Grenoble 24 fév 1709 - Paris 1782), inventeur et mécanicien. L’ouvrier de génie, qui dans l’esprit de tous, incarne l’âme de la mécanique, naquit dans la capitale des Alpes. Pauvre, voulant se perfectionner dans l’art de l’horlogerie, il partit pour un Tour de France. Mais le compagnon "Dauphiné Bon Coeur" ne put se confiner dans son métier, et c’est à toutes les branches de la mécanique qu’il consacrera ses infatigables recherches. Des séjours à Lyon, puis à Paris, lui permirent d’observer des machines et de développer son goût inné pour la mécanique. Après avoir imaginé une pompe pour élever les eaux, il construit en 1737 son 1er automate le joueur de flûte traversière, puis en 1738, son joueur au tambourin, ainsi que son canard qui parut le plus extraordinaire. En effet celui-ci imitait plusieurs des mouvements de l’animal, buvait de l’eau et mangeait des graines qu’il digérait ensuite. En 1741, il fut chargé par le cardinal Fleury de la réorganisation de l’industrie de la soie. Ses recherches l’amenèrent à améliorer les opérations de dévidage des cocons et de la transformation de la soie grège en organsin. Il imagina et fabriqua un tour automatique à dévider, un moulin à faire l’organsin, le premier métier à tisser entièrement automatique, un tour à charioter, une perceuse, etc. En 1748, il devient académicien.

Le célèbre constructeur d’automates qui, paraît-il, s’était construit un domestique ouvrant la porte aux visiteurs, devait penser nécessairement à faire un véhicule automatique.

Au mois d’août 1748, il présente à Louis XV " le bien aimé " la première voiture automobile. L’almanach royal décrit en ces termes brefs, " les essais du carrosse à ressorts d’horlogerie qui furent faits à l’hôtel Montorge que l’académicien occupait, rue de Charonne au revers de la rue Saint-Antoine !

Dès trois heures, Sa Majesté fut chez l’inventeur en compagnie de plusieurs officiers de sa maison. Il prit place sur le fauteuil disposé en haut du perron, pour que sa Majesté pût voir sans fatigue se mouvoir la mécanique du cabriolet à travers les allées du parc et sur la pelouse.

Ce carrosse peut contenir deux personnes; il est peint d’amarante, liseré de bleu et rehaussé d’or.

On aperçoit entre les essieux, 4 roues engrenées 2 à 2, et que relient des rubans d’acier dentelé. Des chaînes communiquent avec une manivelle tournante sous la main du conducteur, de sorte qu’il n’est aucun besoin de cheval. Sa Majesté a félicité le mécanicien, en lui demandant pareille voiture pour la remise royale.

M. le Duc de Mortemart (1), le baron d’Avezac et M de Lauzun, qui étaient là en plus d’autres gens de la cour, n’en pouvaient croire leurs yeux, tant c’était merveille.

1 - Un siècle et demi plus tard, La Duchesse d'Uzès née de Mortemart, lieutenant de louveterie, bien "qu'automobilophobe" sera la première dame a obtenir son permis de conduire au tournant de ce siècle. A l’âge de 83 ans, elle deviendra la présidente de l'Automobile-Club Féminin.

 

 

Le Roy a dit : Des gens du vulgaire, vous penseront sorcier !

Pourtant, plusieurs de ces Messieurs de l’Académie assurent qu’un appareil ainsi fait ne pourrait circuler dans les rues ".

Si notre dauphinois est bien le précurseur de l’automobile, on découvre avec stupéfaction, que son carrosse possède quatre roues motrices. Pour mouvoir un tel véhicule, il a fallu que notre mécanicien utilise un système qui lui permît de tourner. Nous savons que lors d’un virage, la roue à la corde parcourt une distance plus courte que la roue extérieure.

Il faut donc un système mécanique qui permette aux roues de tourner à des vitesses différentes dans les virages et à vitesse équivalente en ligne droite. Ce système mécanique complexe est : le différentiel.

Le 1er février 1837, Henri-Edouard Troca, polytechnicien, professeur de mécanique , président de la commission des étalons du système métrique et sous-directeur au Conservatoire des Arts et Métiers est chargé d’archiver le patrimoine laissé par J. de Vaucanson. Il découvre 24 figures de celui-ci qui représentent un différentiel.

" Un pignon moteur de dix dents est calé sur un arbre à manivelle et engrené avec deux roues verticales portant respectivement à leur circonférence une denture de 22 et 23 dents. Ces roues sont folles sur un arbre transversal qui porte en son milieu un petit tambour cylindrique dont une partie a été enlevée au rabot de façon à former un plan à l’axe : au centre de cette façade plate, est une vis autour de laquelle peut tourner un nouveau pignon de dix dents qui engrène avec une seconde denture de treize dents que portent chacune des deux roues folles au dedans de la première.

Lorsque l’une des deux roues fait 1 tour, l’autre n’a fait que 22/23 de tour, elle est donc en retard sur la première de 1/23 de tour, le deuxième pignon qui est obligé d’obéir en même temps aux mouvement des deux roues, ne peut le faire que par le déplacement de son axe qui tourne aussi pour chaque tour de la roue de 22 dents de 1/23 de tour. L’axe du tambour fera donc un tour entier pour 23 tours de la roue de 22 dents ou pour le nombre correspondant à ceux de l’arbre à manivelle qui est de 23 x 22/10 = 50, 6. Le rapport entre les mouvements de rotation dans les deux arbres est donc celui de 1 à 50, 6 que l’on n’aurait pu obtenir aussi facilement par une transmission composée d’engrenages ordinaires ".


(ci-dessus, le schéma du différentiel de Jacques de Vaucanson)

D’autres part, pour que cette mécanique puisse se mouvoir, il a fallut réduire les frottements des surfaces en contacts pour se faire, notre mécanicien a certainement utilisé des roulements à billes. Cette invention est due à John Harrisson (1693-1776), horloger britanique, lors de la mise au point de son chronométre de marine pour évaluer la longitude en 1735.

En conséquence, le carrosse mécanique de Jacques de Vaucanson fut bien la première Automobile et il fut le précurseur oublié, mais, nous avons rétabli sa mémoire.

Vers la fin de sa vie, il réunit une collection de ses chefs d’oeuvre augmentée des machines les plus intéressantes de son époque qui d’abord léguée à Louis XV, constitua en 1794 le premier fonds du Conservatoire National des Arts et Métiers.

Didier Mahistre, auteur de : "100ans de moto en Isère".

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