4 Cylindres : La Diversification
Quelles que soient les théories de Darwin, un expert dans la science des animaux vous dirait que "la fonction crée l'organe" : selon la destination d'un animal et du milieu dans lequel il évolue, sa forme ou ses fonctions vont être similaires, indépendamment de ses origines. Ce n'est pas une théorie, mais une constatation.
Par exemple :
Tous vivent dans la mer et se nourrissent de poissons, et s'ils sont de différentes espèces, ils ont globalement la même forme fuselée.
La fonction (chasseur de poisson) crée l'organe (la forme) : il s'agit dans ce cas d'une analogie morphologique (c'est à dire qu'ils ont la même forme).
Dans le domaine qui nous concerne, on a connu quelque chose de similaire dans les années 90 : Les constructeurs concevaient leurs voitures au moyen d'ordinateurs, tenant compte de données issues de passages en soufflerie et de théories aérodynamiques : Les ordinateurs arrivaient tous aux mêmes conclusions. En l'absence de l'imagination et d'une part de poésie apportée par certains ingénieurs, les voitures avaient les mêmes formes. On ne distinguait plus une Toyota d'une Subaru ou d'une Honda.
Il n'en est pas de même pour l'architecture des moteurs qui a varié au gré des modes, des besoins, de l'esprit inventif et parfois fantasque des concepteurs.
Prenons pour exemple les quatre cylindres de motos, qui offrent évidemment une variété plus grande que les mono cylindres. Au cours de recherches documentaires, j'en ai trouvé une telle diversité qu'il m'a semblé intéressant de les répertorier :
Année |
Marque | Natio- nalité |
Cycle |
Disposition cylindres | Refroidi- ssement |
Distribution / Admission |
1896 |
Holden | G.B. | 4 temps |
Transversal, pistons opposés 2 à 2, sur une bielle commune | Eau ou air | Semi automatique |
1902 |
Rivièrre | France | 2 temps |
En étoile, vilebrequin dans l'axe de la roue arrière | Air | |
1902 |
Clément | France | 4 temps |
V 4 transversal | Air | Soupapes latérales |
| 1904 | F.N. | Belgique | 4 temps | En ligne, vertical, longitudinal | Air | Semi culbuté |
1905 |
Laurin et Klément | Autriche-Hongrie | 4 temps |
En ligne, vertical, longitudinal | Air | Semi culbuté |
1911 |
René-Gillet | France | 4 temps |
En X, longitudinal | Air | Soupapes latérales |
1911 |
Wilkinson | G.B. | 4 temps |
En ligne, vertical, longitudinal | Eau | Latéral |
1919 |
Nimbus | Danemark | 4 temps |
En ligne, longitudinam | Air | Soupapes latérales, transmission par arbre |
19?? |
D.K.W. | Allemagne | 2 temps |
Transversal en carré, 2 groupes de 2 pistons dont chaque groupe se partage la même bielle et la même chambre de combustion | Air | 1 carburateur |
1922 |
Garabello | Italie | 4 temps |
En ligne, vertical, longitudinal | Eau | |
1926 |
G.R.B. | Italie | 4 temps |
En ligne, à 45°, transversal | Air | 2 Arbres à cames en tête commandés par arbre et couple conique entre les cylindres centraux |
| 1927 | Windhorff | Allemagne | 4 temps | En ligne, vertical, longitudinal | Huile | 1 A.C.T. entraîné par arbre et couple conique |
1927 |
OPRA | Italie | 4 temps |
En ligne, vertical, transversal | Air | 2 A.C.T. entraîné par cascade de pignons entre les cylindres centraux |
1927 |
Brough-Superior (Prototype) |
G.B. | 4 temps |
V4 longitudinal | Air | Latéral |
1931 |
Matchless | G.B. | 4 temps |
V4 transversal | Air | Culbuté, 1 arbre à cames central au V |
1931 |
Ariel | G.B. | 4 temps |
Transversal, en carré ("Square Four") |
Air | A.C.T. |
1933 |
Dollar | France | 4 temps |
V4 longitudinal ouvert à 14° | Air | Culbuté |
1933 |
Zündapp | Allemagne | 4 temps |
Longitudinal, cylindres opposés 2 à 2 ("Flat-four") | Air | Latéral |
1935 |
Gilera. | Italie | 4 temps |
En ligne, vertical, transversal, incliné de 30° | Eau | Double ACT, surcompressé |
1938 |
M.G.C. | France | 4 temps |
En ligne, vertical, longitudinal, inversé (la culasse se trouve en bas du moteur) | Air | Culbuté |
1938 |
Galbusera | Italie | 2 temps |
V4 longitudinal | Air | |
1938 |
Brough-Superior | G.B. | 4 temps |
Longitudinal, cylindres opposés 2 à 2 et superposés, 2 vilebrequins | Air | Culbuté |
1939 |
A.J.S. | G.B. | 4 temps |
V4 transversal | Eau | 2 A.C.T. par banc de cylindre |
1946 |
D.K.W. | Allemagne | 2 temps |
A plat : 2 groupes de 2 cylindres opposés 2 à 2 (les vilebrequins sont de part et d'autre du moteur) | ||
1952 |
Guzzi | Italie | 4 temps |
En ligne, vertical, longitudinal | Eau | 2 Arbres à cames en tête commandés par pignons |
1957 |
Rumi | Italie | 2 temps |
En ligne, horizontal, transversal | Air | |
1963 |
Suzuki (RZ63 250) |
Japon | 2 temps |
Transversal, en carré, 2 vilebrequins | Eau | Dans le carter (4 distributeurs rotatifs) |
1964 |
Ariel | G.B. | 4 temps |
En carré ("Square Four") |
Air | Culbuté |
1968 |
Honda | Japon | 4 temps |
En ligne, vertical, transversal | Air | 1 A.C.T., entraîné par chaîne |
1969 |
König | Allemagne | 2 temps |
Transversal, cylindres opposés 2 à 2 ("Flat-four") | Eau | 1 distributeur rotatif |
1970 |
M.V. | Italie | 4 temps |
Transversal, cylindres opposés 2 à 2 ("Flat-four") | Air | 2 A.C.T. par banc de cylindre |
1973 |
Yamaha | Japon | 2 temps |
Transversal, vertical en lignes | Eau | Par clapets, à l'arrière des cylindres |
1974 |
Honda (Gold Wing) |
Japon | 4 temps |
Longitudinal, cylindres opposés 2 à 2 ("Flat-four") | Eau | 1 A.C.T. par banc de cylindres, entraînés par courroie |
1977 |
Kawasaki | Japon | 2 temps |
En quinconce | Eau | Classique, via les cylindres |
1979 |
Honda (NR) |
Japon | 4 temps |
V4 transversal | Eau | Pistons ovales, 2 A.C.T. entraînés par chaîne par banc de cylindre, 8 soupapes par cylindre |
1983 |
B.M.W. (K 100) |
Allemagne | 4 temps |
En ligne, horizontal longitudinal | Eau | 2 Arbres à cames en tête commandés par courroie, injection |
1983 |
A.D.M. | Allemagne | 2 temps |
Longitudinal 2 cylindres vers le haut et 2 vers le bas, 2 vilebrequins | Eau | Dans le carter |
1984 |
Honda (NSR) |
Japon | 2 temps |
V4 transversal | Eau | 4 distributeurs rotatifs |
1990 |
Honda (ST 1100) |
Japon | 4 temps |
V4 longitudinal | Eau | 1 A.C.T. par banc de cylindre |
Faut-il en déduire qu'il n'existe pas d'architecture idéale pour un moteur à quatre cylindres, ou que la recherche de cet idéal correspond à celle du Graal ? Ou bien encore que tous les ingénieurs seraient successivement devenus fous ? Ce serait une déduction pour le moins abusive :
Malgré le nombre important de cylindres, l'efficacité de ces moteurs était bien faible et nécessitait souvent, pour vaincre une côte, l'apport de la force humaine qui ne pouvait intervenir qu'au moyen de pédales, comme sur un vulgaire "Solex". Une puissance suffisante ne les dispensait pas de pédales, comme on peut le constater sur la "Durkopp" (premier constructeur allemand ayant conçu une 4 cylindres) de 1905, ci-contre. En l'absence de boite de vitesses ou du moindre débrayage, les pédales étaient utilisées pour le démarrage du moteur, ce qui rendait difficilement envisageable une disposition transversale du moteur. D'autant que la position du pilote se concevait pieds en avant.
Les cylindres arrière avaient bien tendance à chauffer exagérément, mais cela était de moindre importance dans la mesure où l'essence n'autorisait pas des taux de compression élevés, donc pas de régimes importants : la recherche de la performance n'était pas la priorité.
Le tableau ci-dessus fait apparaître que le développement et
l'utilisation des 4 cylindres n'est ni aussi récente, ni aussi
rare que ce qu'on le croit généralement.
De nombreux constructeurs se sont lancés dans des études de
tels moteurs. Certains, comme Harley-Davidson ou Ducati, ne les
ont jamais menées à terme, parfois pour de simples raisons d'
"image de marque". D'autres, comme Guzzi, semblent
l'avoir adopté par hasard : L'usine de Mandello a testé
tellement de dispositions : Monocylindre, bicylindre en
"V" (d'abord transversal, puis longitudinal), trois
cylindres, 8 cylindres. Alors, pourquoi pas
un "4" ?
D'autres, par contre, ont semblé poursuivre une idée, un but précis :
![]() Nimbus "Tuyau de poêle" version de 1921 |
Pour les records : Il ne s'agit pas, ici, d'un record de vitesse, mais de... longévité.
C'est en 1918 que Peder Andersen Fisker élabore le premier prototype de son 4 cylindres "en ligne", alors équipé de soupapes latérales. C'est en 1919 qu'elle entre réellement en production. Son cadre, construit autour d'une "épine dorsale" sous forme d'un tube de fort diamètre faisant office de réservoir, elle était déjà équipée d'une suspension à l'avant et à l'arrière, ainsi que d'une transmission finale par arbre. Les volumes de ventes étant très faibles, Fisker engagea sa moto dans des compétitions qui lui apportèrent une certaine renommée. En 1926, Nimbus enregistrait une production de 1300 unités.
En 1932, avec l'aide de son fils, Anders, Fisker élabore une nouvelle
version, conservant la même architecture, mais équipée cette fois-ci d'un moteur
culbuté et d'un cadre constitué de longerons en fer plat, la "type C". Grace à
ses qualités de grande souplesse, de propreté et de fiabilité, la "type C"
remporta de nombreux marchés avec les administrations : Armée, Police, Postes...
La concurrence de l'automobile devint ensuite de plus en plus importante, avec
des prix de vente de plus en plus faibles. Nimbus cessera sa production en 1960.
Soit 41 ans de production avec pratiquement un seul modèle, sacré record ! Sans
compter que les Postes Danoises utiliseront ce modèle jusqu'en 1972.
Pour plus de détails :
http://www.nimbus.dk/ ... vous ne comprendrez peut-être pas plus que moi,
mais vous y verrez de nombreux documents, avec des plans qui vous permettraient
presque d'en construire une de toutes pièces... avec un peu d'outillage, tout de
même.
![]() Moteur "Gilera-4" 1936 |
La performance (déjà) : Né "Opra" en 1927, ce moteur 4 cylindres à ACT, refroidi par air dans sa première version conçue par Gianini, Remor et Bonmartini, enregistrait déjà une puissance de 28 ch qui lui permettait d'atteindre 170km/h.
En 1934, Gianini, alors directeur technique de CNA en reprend l'idée sous une
forme améliorée, refroidie par eau et incliné de 30° pour diminuer le centre de
gravité. Alimenté par un compresseur, elle atteint la phénoménale puissance,
pour l'époque, de 80ch. Elle répondait alors au nom de "Rondine".
Après un passage en soufflerie, dont elle ressortit équipée d'un carénage
enveloppant, elle atteint la vitesse de 244,316km/h aux mains de Taruffi,
battant le précédent record (Ernst Henne sur BMW) de 16,8 kmh.
CNA est alors racheté par Caproni, qui se désintéresse de ce projet et le
propose à Gnome-Rhône, Guzzi et Norton. C'est finalement Gilera qui en fit
l'acquisition en 1935 et la dota, enfin, d'une partie cycle digne de sa
puissance, avec rien moins qu'un cadre périmétrique. Elle avait alors quasiment
50 ans d'avance et remporta de nombreuses victoires sur les circuits, dominant
le championnat d'Europe en 1939 aux mains de Doriano Serafini. Dans sa version
carénée, elle était capable d'une vitesse de 274km/h. Elle fut ensuite
l'inspiratrice des Gilera et MV-Agusta, dans des versions dont on peut dire
qu'elles étaient moins évoluées que leur modèle. Ce qui ne les empêcha pas de
connaître les succès que l'on sait.
(Pour plus de détails, lire dans "Moto Légende" n°206
l'article de l'excellent FM.Dumas).
![]() Brough-Superior "Dream" - 1938 |
Le prestige : Ce fut incontestablement le cas des
constructeurs américains du début su XXème siècle comme
Excelsior, Pierce ou Indian.
Mais le summum du genre a été atteint par l'anglais Brough-Superior, dont les
bicylindres avaient atteint une réputation de luxe qui leur valut le surnom de
"Rolls-Royce" de la moto. La légende veut même que cette appellation ait été
approuvée par le prestigieux constructeur automobile. Conscient du fait qu'il ne
pourrait guère aller plus loin en matière de perfection avec des bicylindres
(qui, de surcroît, provenaient de chez "Jap"), George Brough a commencé à
étudier vers 1935 plusieurs solutions de motorisations à 4 cylindres.
![]() Vue éclatée du moteur de la "Dream" |
La première aboutira à un moteur en "V"
longitudinal, refroidi par air à l'aspect disgracieux. A tel
point que Brough s'orienta vers une solution extérieure et
néanmoins originale, optant pour un moteur d'automobile
"Austin Seven" dont l'intégration était assez
réussie, malgré la présence d'un radiateur. La solution ne
sembla pas, encore une fois, lui convenir. Dès l'année suivante
il présenta une troisième moto équipée d'un quatre
cylindres : la "Dream", dont le moteur, culbuté,
est constitué de deux bicylindres disposés l'un au-dessus de
l'autre tournant en sens opposé. Ce qui a pour avantage de
supprimer les effets du fameux "couple de renversement"
bien connu des utilisateurs de B.M.W.
Il n'est pas certain que les études de ces motos aient entraîné la perte de l'usine Brough-Superior qui, à l'orée de la seconde guerre mondiale, s'est consacrée à la fabrication de pièces pour l'aviation et, à la fin des hostilités, à l'outillage de précision.
![]() Ariel "Square-Four" 4F-500 |
Pour la souplesse d'utilisation : En 1928, Edward Turner est un
tout jeune ingénieur qui n'a encore conçu que quelques prototypes, monocylindre
à ACT. Il se déplace alors d'usine en usine, en quête de références, à défaut de
célébrité, son carton à dessins sous le bras, pour proposer son nouveau projet.
Après de nombreux refus, c'est finalement Ariel qui accepta de se pencher sur le
sujet. Que contenait ce carton à dessins ? Un quatre cylindres "en carré",
conception révolutionnaire, qui restera unique en son genre jusqu'à ce que les
japonais en reprenne l'idée, en priorité pour la compétition et uniquement sur
des moteurs 2 temps, à des fins de compacité.
Apparu en version 500cm3, avec une distribution commandée par ACT, le moteur de
Turner était également compact puisqu'il réalise l'extraordinaire performance de
pouvoir se loger dans le cadre d'un monocylindre, sans modifications. Il sera
rapidement réalésé à 597cm3 pour pouvoir répondre à la demande des motocyclistes
désireux d'y accoler un side-car.
De nombreuses idées reçues ont été émises au sujet de ce moteur, notamment le
fait qu'il avait une forte propension à chauffer et qu'il avait une fiabilité
douteuse. S'il est vrai que la première version avait tendance à chauffer,
c'était surtout du à l'arbre à cames en tête qui impliquait une température
élevée de la culasse (et non des cylindres arrière). Ce qui ne l'empêcha pas de
remporter le "Maudes Trophy"n, parcourant 700 miles (1100km) à 96,5km/h de
moyenne. En 1937, la "Square-Four" fut redessinée, avec une distribution
culbutée, passant par la même occasion à 1000cm3. De 1931 à 1958, la "Sqaure-Four"
sera produite à 15641 exemplaires. Il est douteux que, si sa fiabilité avait été
mise en doute, la production ait pu atteindre de tels chiffres.
Quant à Edward Turner, si tant est qu'il ne l'ait fait avec l'Ariel
"Square-Four", il connaitra la célébrité avec la Triumph "Speed Twin".
![]() D.K.W. "Flat-Four" opposés |
La performance (encore) : Dans un but bien
différent, D.K.W., trop rarement citée bien qu'elle fasse
partie des usines ayant le plus apporté au développement des
moteurs deux temps. Dans ce domaine, on peut dire que ses
ingénieurs ont fait feu de tous bois. Les modèles les plus
connus de la marque sont les les URe et ULd bicylindre à
compresseur par piston pompe d'avant-guerre (qui, d'après ce que
certains en ont rapporté, étaient si bruyantes qu'elles
faisaient vibrer la structure des tribunes devant lesquelles
elles passaient) et, plus tard, la trois cylindres en
"V" qui se fit remarquer de 1954 à 1956 par sa
puissance et sa légèreté, lui procurant des performances
remarquables ... lorsqu'elle ne cassait pas.
![]() D.K.W. "V4" à compresseur |
Ces moteurs ne sont pas les seuls à avoir été développés
par D.K.W., loin s'en faut. Le document de gauche nous montre un
assez extraordinaire (sinon : extravagant) quatre cylindres
à plat opposés deux par deux et bougie d'allumage commune, dans
le but d'améliorer la combustion. Notons que l'admission, par
compresseur volumétrique, s'effectue directement dans les
carters moteur. Solution qui ne sera reprise que bien plus tard.
L'inconvénient d'un tel moteur, quelles que soient ses
performances, est son encombrement. Ce qui amena les ingénieurs
de D.K.W. à disposer les cylindres parallèlement, toujours avec
une chambre commune, et à inventer le "balayage
équi-courant".
Autre solution méconnue, celle du quatre cylindres en
"V" de la photo de droite dont l'aspect, ne fut la
présence d'un compresseur (en avant du moteur) semble fort
moderne de par sa disposition et son refroidissement liquide.
Aspect de modernisme accentué par la présence d'une fourche
télescopique. Il est pourtant certain que cette réalisation est
antérieure à la 3 cylindres de 1954 évoquée ci-dessus.
![]() Honda RC160 - 1959 |
Un cas particulier : Honda, comme bien
d'autres constructeurs japonais, s'est largement inspiré des
techniques occidentales pour développer ses premiers modèles
performants. Ainsi, lorsqu'en 1968 débarque en Europe ce qui
deviendra la fameuse "4 pattes", on ne peut s'empêcher
de se remémorer ses ancètres américaines du début du siècle
ou bien les plus récentes productions transalpines. Mais la mise
en production d'une telle moto ne s'est pas faite au hasard ni du
jour au lendemain, puisque les premières expériences dans le
domaine ont eu lieu, chez Honda, dès 1959 avec la RC160 de
250 cm3, machine de compétition utilisée sur
des courses de côte ... sur terre battue.
![]() Moteur de la Honda NSR |
Par la suite, Honda développera, rien que dans le domaine des
quatre cylindres, tant pour la compétition que pour le tourisme,
un nombre impressionnant de solutions aussi diverses que
variées : en ligne bien sur, en "V" transversal
(VFR et RVF) ou longitudinal (ST1100), "à plat"
(Gold-Wing) pour les quatre temps. Pour les deux temps Honda sera
le seul , avec sa NSR (ci-contre, à droite), à mettre au point
un vrai "V4" disposant d'un seul embiellage. Pour
l'histoire, MuZ (né Swissauto) développera une solution
similaire qui ne fit jamais ses preuves sur deux roues. Il est
vrai que les moyens mis en oeuvre n'étaient pas les mêmes. Tous
les autres 4 cylindres 2 temps disposeront de deux
embiellages et sont, en fait, le résultat de l'accouplement
de deux bicylindres.
Ainsi, Honda est passé en quelques années du rôle de
"copieur" à celui de novateur ... quitte à se
fourvoyer lourdement avec sa NR à pistons ovales que les anglais
surnommeront "Never Ready". Il est vrai que les anglais
aiment bien se moquer de tout ce qui ne provient pas de leur
Royaume. Et qu'il est facile de se gausser lorsque l'on ne
produit plus de moteurs depuis bien longtemps.